“Pierre de patience” de Didier Perrier

En 2008, le prix Goncourt est attribué à Atiq Rahimi pour “Singué Sabour“. En 2017, Didier Perrier, metteur en scène de la compagnie picarde L’Echapée, crée “Pierre de patience“, une pièce douloureusement féminine.

Singué Sabour“, c’est l’histoire d’une femme afghane qui veille son époux blessé à la nuque. C’est un huis clos intimiste entre une femme qui doit survivre à une société en pleine guerre et son mari, qui reste allongé, yeux ouverts, mais qui ne réagi plus à rien. Cette situation extrême est l’occasion pour elle de se confier à lui, de déverser en lui toute sa haine, sa crainte et ses secrets, enfouis depuis trop longtemps.

Le soleil se couche.
Les armes se réveillent.
Ce soir encore on détruit.
Ce soir encore on tue.
Le matin.
Il pleut.
Il pleut sur la ville et ses ruines.
Il pleut sur les corps et leurs plaies.

Singué Sabour : Pierre de patience” – Atiq Rahimi – Gallimard

Quatre femmes sont sur scène. L’une d’entre elle, dos aux spectateurs, joue de la musique mélancolique, parfois plus énergique, teinté d’orientalisme. Les trois autres sont à la fois la femme afghane ou le narrateur. Elles s’activent autour d’une source d’eau avec des seaux en métal qu’elles remplissent et vident inlassablement. Elles lavent et pressent du linge blanc. Elles marchent, courent, dansent et chantent. Elles parlent, beaucoup.

Didier Perrier nous présente une mise en scène simple mais très symbolique. La femme est sans âge, elle est à la fois jeune, moins jeune et plus vieille. Les seaux qu’elle utilise sont la métaphore de son état d’âme : à la fois vidée de son identité et pleine de secrets dont elle souhaite se séparer.

“Pierre de patience” est un spectacle poignant, fidèle à l’oeuvre originale, au texte. Des mots se baladent au fond de la scène et sur les personnages qui récitent des pans entiers de pages du livres. Cela rappelle que c’est avant tout une oeuvre littéraire adapté au théâtre.

J’ai beaucoup apprécié le choix de Didier Perrier de ne pas figurer l’homme sur scène. Je trouve cela audacieux et judicieux d’avoir laissé le rôle de la femme à trois comédiennes qui échangent leur rôle aussi facilement que leur parcours sur le plateau. La sobriété de la scénographie évoque tout de suite une vie dure et pauvre. La vidéo est bien utilisée. Elle est un appui pour le jeu de scène. Enfin, la musique, jouée directement sur scène, est un choix qualitatif qui permet au spectateur de s’immerger immédiatement dans cet atmosphère cloîtrée et tendue, avec cet espoir d’une féminité libérée du joug de la religion, des conventions et du patriarcat.

J’ai vu “Pierre de patience” au Salon de Théâtre, La Virgule à Tourcoing.

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